Pékin brillant de mille feux, orchestre avec une précision chirurgicale dont elle a l’expertise, une parade militaire d’une ampleur inédite pour commémorer le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire sur le Japon. Mais derrière les uniformes soigneusement arborés par une armée qui dégage une énergie particulière aux pas millimétrées, c’est une démonstration de force qui se joue et un message clair adressé à l’Occident : la Chine ne se contentera plus de répondre aux messages aux allures de recadrages méprisants, désormais avec ses partenaires stratégiques, elle redéfinit et fixe les règles du jeu.
Plus qu’une célébration historique marquant la commémoration d’une victoire symbolique, c’est un tournant diplomatique puissant marqué par la recomposition des alliances visibles. Tenue à la place Tian’anmen, le Président de la République Populaire de Chine Xi Jinping, entouré de Vladimir Poutine de la Fédération de Russie et Kim Jong Un de la Corée du Nord a affiché une unité et une sérénité sans équivoque avec des dirigeants qui représentent les figures les plus contestées par l’ordre occidental. L’absence quasi totale des chefs d’états européens, de membres de gouvernement, ou représentants à l’exception du Premier Ministre slovaque Robert Fico, montre clairement qu’une fracture diplomatique est non seulement affichée mais fièrement assumée. Ce choix stratégique des dirigeants invités à Pékin à l’occasion de cette célébration n’est pas anodin, il marque une rupture avec les codes traditionnels de la diplomatie multilatérale et affirme la volonté des dirigeants chinois de bâtir un ordre international alternatif, totalement affranchi des injonctions morales et des postures paternalistes de l’axe transatlantique.
Démonstration de puissance, affirmation d’une souveraineté non négociable
La grande parade militaire a mis en lumière les avancées militaires chinoises, notamment dans les domaines des drones et des systèmes de défense autonomes. Ces démonstrations ne sont pas seulement techniques: elles incarnent une souveraineté technologique qui défie les standards occidentaux et repositionne la Chine comme acteur central dans la définition des normes du futur. Le président Xi Jinping, dans son discours empreint de gravité, a évoqué un monde à la croisée des chemins : « paix ou guerre, dialogue ou confrontation, gagnant-gagnant ou perdant-perdant ». Ce langage loin d’être rhétorique, s’inscrit dans une stratégie de narration globale où la Chine se présente comme le garant de la stabilité face à une Amérique condescendante et imprévisible.
En réunissant sur son sol des dirigeants comme Vladimir Poutine, Kim Jong Un, Recep Tayyip Erdogan de la Turquie et Aleksandr Loukachenko de la Biélorussie, Pékin affirme que l’isolement diplomatique est une illusion occidentale et que le monde est bien plus vaste que le périmètre de l’OTAN. Ce défilé n’est donc pas une simple démonstration de force, c’est une réponse. Une réponse aux critiques interminables du système de fonctionnement interne des autres, une réponse aux sanctions maladroites et inopportunes généralement à têtes chercheuses et surtout aux tentatives d’isolement. Le message devrait donc définitivement passer, la Chine ne cherche plus à être intégrée dans un système dominé par l’occident. Elle propose une alternative avec ses propres codes, ses propres alliances, et sa propre lecture de l’histoire.
Éric Moïse NKOUANDOU MOUNTOUMNJOU